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Publié le 18.10.2018 à 16:22

Colloque international "Beyond Humanism Conference" à l'université catholique de Lille : "Posthumanisme critique et Transhumanisme : Vers un changement de paradigme du posthumain ?"

Ayant pris acte de l'avènement de l'homme-machine, l'université catholique de Lille disserte sur la distinction entre "transhumanisme" et "posthumanisme" afin de mieux nous inviter à choisir un "juste milieu". Où se confirme que l'idéologie anthropophobe n'est pas incompatible avec le christianisme contemporain.

Lire à ce sujet : Ecrasons l'infâme. Le culte de la Mère machine et la matrice religieuse du transhumanisme.

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Le 11ème Colloque international "Beyond Humanism Conference" organisé par l'université catholique de Lille du 9 au 12 juillet 2019 aura pour thème :

Posthumanisme critique et Transhumanisme : Vers un changement de paradigme du posthumain ?

Présentation

Le transhumanisme et le posthumanisme reçoivent en général des significations différentes dans la littérature, selon le contexte et l'arrière-plan culturel et disciplinaire des chercheurs qui se réfèrent à ces termes. Cette diversité est à la fois une richesse et une source d'incompréhension. La 11ème édition des "Beyond Humanism Conference" souhaite tout d'abord contribuer à la clarification des confusions possibles existant sur ces matières, et à l'intensification des débats entre transhumanistes, posthumanistes et courants de pensée alternatifs. En second lieu, le colloque permettra d'explorer l'hypothèse d'un « tournant » posthumaniste. Même s'il existe une grande variété de conceptions différentes du transhumanisme et du posthumanisme, de nombreux chercheurs soutiennent qu'elles partagent toutes en effet une préoccupation commune pour l'impact des nouvelles technologies sur l'humain et son environnement, et un regard critique vis-à-vis des traditions de pensée issues de l'humanisme. C'est cette communauté de vision que souligne l'idée d'un "tournant" posthumaniste.

Mais cette idée doit être interrogée : le transhumanisme et le posthumanisme sont-ils véritablement compatibles entre eux ? Un transhumanisme non anthropocentrique et post-humaniste est-il concevable ? Quels seraient la proposition et le contenu concrets d'une telle synthèse ? Indépendamment de cette visée, à quoi ressemblerait un transhumanisme ou un posthumanisme critique ? Au-delà de ces questions, se pose aussi celle des alternatives possibles aux paradigmes et aux visions du monde dans lesquels se situent le transhumanisme et le posthumanisme. Qu'il s'agisse de métahumanisme, d'hyperhumanisme, d'humanisme décentré ou d'humanisme renouvelé, etc., ces perspectives débordent les champs proprement dit du transhumanisme ou du posthumanisme, et s'appuient sur d'autres références. Face aux risques existentiels auxquels l'humanité est confrontée aujourd'hui, et aux conséquences de son action sur la nature (anthropocène), il convient d'explorer ces nouvelles façons qu'à l'humanité de chercher à se comprendre dans un monde particulièrement déstabilisé. Mais cette prolifération d'alternatives pour penser l'humain aujourd'hui doit être elle-même aussi interrogée. Des options radicalement différentes sont-elles vraiment envisageables ? Peuvent-elles réellement ouvrir un horizon différent, par rapport à l'humanisme classique, au transhumanisme ou au posthumanisme, pour penser notre situation présente et à venir ?

La dynamique propre de la quête artistique sera inévitablement convoquée sur ces questions, notamment pour sa capacité à pousser la pensée hors du sentier battu des habitudes cognitives et à l'ouvrir sur des horizons parfois inattendus. Les artistes sont donc vivement encouragés à proposer une intervention ou une réalisation artistique, quel que soit leur support créatif (danse, musique, dessin, sculpture, vidéo, etc.). La 11ème édition des Beyond Humanism Conference offre en ce sens une occasion unique pour croiser débat scientifique et innovation artistique.

Le colloque est enfin ouvert à un grand nombre d'interventions et de thématiques différentes dans les domaines social, économique, politique, scientifique, technique, éthique, religieux,... La diversité des sessions permettra d'étayer la façon dont le transhumanisme, le posthumanisme ou leurs alternatives se positionnent aujourd'hui par rapport aux questions de sociétés auxquelles nous sommes aujourd'hui confrontés.

Thématiques

Approches fondamentales/théoriques

Post-, trans-, méta-, hyper-, ...humanisme(s)
Études post-(genre, coloniales, queer, etc.) et trans-, post-humanismes
Post-vérité et trans-, post-humanisme
Cultures trans-, post-humaines de l'accélération (ou son contraire)
Future studies, prospective et trans-, post-humanisme
Théologie, religions et trans-, post-humanisme
Contextes religieux du trans-, post-humanisme
Cultures et communautés non humaines (plantes, animaux, robots, choses, IA)
Sociologie du mouvement trans-, post-humaniste
Economie, travail et trans-, post-humanisme
Philosophie, éthique et trans-, post-humanisme
Éthique de la robotique et de l'intelligence artificielle
Ecologies de l'Anthropocène
Disability studies et trans-, post-humanisme
Imaginations contemporaines et trans-, post-humanisme
Critiques du trans-, post-humanisme
Féminisme et trans-, post-humanisme
Technophilie, technophobie, crise technologique
Philosophie de la technologie et trans-, post-humanisme
Science et trans-, post-humanisme
Économie et trans-, post-humanisme
Défense et trans-, post-humanisme
Identité personnelle et trans-, post-humanisme
Démocratie et trans-, post-humanisme
Littérature de science-fiction, Cinéma, séries TV, jeux vidéo et trans-, post-humanisme
Nouvelles altérités : robot, cyborg, prothèses, etc.

Approches appliquées/analyses des pratiques

Automatisation, langage et innovation culturelle
Nouvelle génération de prothèses, hybridation et subjectivation
Bioart, IA art et art robotique
Interactions agents humains/agents artificiels, IA naturelle/artificielle
Pratiques anthropotechniques et technologies d'augmentation
Défense, robotique et soldat augmenté
Éthique et véhicules automatisés
Éthique, conception et politiques des objets automatisés
Santé numérique, éducation thérapeutique et éthique des soins
Révolution numérique, droit à la vie privée et sécurité
Neuromarketing, liberté et éthique de l'attention
Éducation et nouvelles technologies
Pédagogie, culture et posthuman studies

- Service compris

Publié le 18.10.2018 à 11:53

Du sexisme inclusif

Nous qui avons toujours considéré que l'écriture prétendue "inclusive" était ainsi nommée par antiphrase ; qu'elle n'était en réalité qu'une écriture exclusive visant à la séparation, une mode issue du puritanisme des campus américains (voir Les Bostoniennes de Henri James) et la plus récente préciosité des ridicules contemporaines, nous publions avec plaisir cette dissection réfléchie et raisonnée de la philosophe belge Annick Stevens, spécialiste d'Aristote et de la philosophie de l'Antiquité.

Son texte a été publié fort à propos par le “bulletin de critique bibliographique” anarchiste A Contretemps

Pour lire le texte, cliquer sur l'icône ci-dessous.

- Documents

Publié le 15.10.2018 à 09:55

Entretien avec A., parkinsonienne : "Les traitements du Pr Benabid nous réduisent à une machine"

A. est atteinte de la maladie de Parkinson. On ne peut pas l'ignorer : son bras droit a souvent l'air de danser tout seul. Elle avait l'air furieuse après avoir découvert les travaux d'Alim-Louis Benabid, le professeur qui soigne les parkinsoniens. Nous avons voulu savoir pourquoi.

Pour lire l'entretien, ouvrir le document ci-dessous.

- Nécrotechnologies

Publié le 13.10.2018 à 21:51

Les Rencontres d'Uriage invitent le transhumaniste Alim-Louis Benabid

Toujours en librairie : Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme. Voir ici

Pour répondre à la question « Peut-on encore être humaniste ? », les Rencontres philosophiques d'Uriage invitaient ce 13 octobre 2018 le fondateur de Clinatec, Alim-Louis Benabid. Un scientifique qui met au point les outils du transhumanisme réel, au service de l'homme automachiné en quête de toute-puissance. Excellent choix. Nul mieux que le professeur Benabid n'incarne la figure du chercheur infatué (il espère le Nobel depuis tant d'années), dissimulant mal sa soif de puissance derrière une fausse naïveté et une fausse modestie travailléee. Il en a fait à nouveau la preuve lors d'une conférence à la gloire de l'exosquelette testé ces temps-ci à Clinatec.

Extraits :

"Le transhumanisme et ce qui a été évoqué aujourd'hui, j'ai du mal à voir de quoi on parle. Donc je n'en parle pas. Moi je dis ce qu'on fait et comment on le fait."

"A Clinatec, on est là pour faire de l'innovation."

"A propos des pamphlets contre moi, on a dit que je voulais faire travailler des singes pour qu'ils votent pour Sarkozy" (sur ces bouffées délirantes, déjà apparues dans la presse, lire "Le professeur Benabid victime d'Alzheimer ?")

"A l'avenir, on va intégrer de manière très forte l'intelligence artificielle à l'exosquelette. L'IA, ça inquiète, pourtant on en a dans nos smartphones et donc il n'y a pas de risque. Le seul risque, c'est si l'IA ne marche pas."

"On travaille à mettre les tétraplégiques dans l'exosquelette sur un Segway (ces engins roulants à 2 roues parallèles). Je n'ai pas besoin de demander l'autorisation au gouvernement pour ça, mais je vais aller voir M. Piolle et lui dire : "Vous serez le premier maire à autoriser un tétraplégique avec un exosquelette à se promener dans la rue sur un Segway"."

Pour la réinsertion professionnelle des tétraplégiques, on pourrait les mettre avec l'exosquelette sur les mini-pelles pour les travaux et le jardinage. Ils peuvent commander ça avec notre interface cerveau-machine.

Ecoutons Benabid lui-même :

MP3 - 848.9 ko

Quelques Chimpanzés du futur avaient en préambule distribué le tract ci-dessous à l'assemblée de 200 personnes. A la fin de la conférence, les organisateurs annonçant qu'il n'y aurait "pas de débat" (rappelons qu'il s'agissait des Rencontres Philosophiques d'Uriage), les Chimpanzés tentèrent de faire entendre leurs objections, sous les huées d'une partie du public et les encouragements d'une autre partie, indignée de cette absence de discussion. Le professeur Benabid quant à lui, planait sur son cloud comme si le bas monde ne le concernait pas. Ce qui est exact.

Pour ouvrir le tract distribué, cliquer sur l'icône ci-dessous.

Lire aussi :
- Entretien avec A., parkinsonienne : "Les traitements du Pr Benabid nous réduisent à une machine"

- Les laboratoires de la contrainte, Pièce détachée n°31 (voir catalogue ici)

- Nécrotechnologies

Publié le 08.10.2018 à 23:10

Linky : et maintenant, le coup du "débat participatif"

A ceux qui s'interrogent sur l'opposition à Linky, Gazpar et autres capteurs communicants, Enedis vient d'en confirmer l'ampleur en lançant le 1er octobre un pseudo « débat participatif Linky ».

Débattre du mouchard électronique trois ans après le début de son déploiement et alors que des millions de foyers se le sont déjà vu imposer, cela vous rappelle quelque chose ? Oui, la campagne de pseudo-débats sur les nanotechnologies organisée en 2009-2010 par le gouvernement (via la Commission nationale du débat public - CNDP), trois ans après l'inauguration de Minatec, premier pôle européen de nanotechnologies, à Grenoble. Ou les pseudo-débats sur l'enfouissement des déchets nucléaires à Bure, avec cette même CNDP, en 2005 puis en 2013, vingt à trente ans après la décision d'enfouir les déchets nucléaires dans la Meuse.
Comme à chaque fois, le recours au pseudo-débat participatif signale une révolte d'opinion et la nécessité de la mater pour faire comme prévu. C'est le coup du débat après coup.

Qu'adviendrait-t-il si - par impossible - la conclusion du « débat participatif Linky » était un refus de l'échantillon consulté ? Voyez-vous l'Etat et le patron d'Enedis annoncer la fin du programme, dédommager les usines de fabrication et les sous-traitants assurant la pose pour le manque à gagner, remplacer les mouchards déjà posés par d'anciens modèles, rembaucher les releveurs licenciés et présenter leurs excuses aux Français pour ce choix anti-démocratique, liberticide, polluant et déshumanisant ? Oui, hein, rions avec Enedis.

Voici trois ans qu'enfle une révolte inédite contre les capteurs communicants, à la surprise des technocrates qui avaient tout planifié. Ils nous avaient déjà envoyé les directeurs régionaux d'Enedis, puis la directrice nationale de la communication, Gladys Larose, en vain. Ils avaient tenté la « pédagogie », la ruse, l'intimidation, les menaces, le harcèlement, la violence, en vain. Récemment, ils sommaient les communes de les informer de l'activité des opposants. Le 14 décembre 2017, anxieux de « la persistance d'un fort mouvement d'opposition à Linky », ils avaient manigancé une « table ronde » à l'Assemblée nationale, sous la férule de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques et de son vice-président, Cédric Intelligence-artificielle Villani. En vain.

Alors, ils sortent les acceptologues.

L'ultime recours

Combien de fois les avons-nous vus débarquer, ces sociologues et animateurs de réunions, avec leurs « procédures de dialogue avec le peuple » et leurs PPP (Post-it et PowerPoint) sous le bras, pour nous rabâcher que nous pouvions tout dire, sans tabou, puisque notre parole comptait pour rien (ça, ils ne le disaient pas) ? Nous les connaissons si bien que nous nous sommes fait passer pour eux. Un tel manque de disruption trahit l'affolement des technocrates d'Enedis. Il faut croire que la pose des mouchards ne suit pas le rythme prévu par leur « programme industriel », en raison du nombre des refus et d'une opposition concrète (compteurs barricadés, poseurs empêchés, voisins vigilants, recours devant les tribunaux, etc).

Puisqu'ils nous y contraignent, rabâchons.

Le débat participatif sur Linky, ce sont les opposants aux capteurs communicants - des centaines de collectifs et des élus municipaux courageux - qui l'ont lancé et qui le mènent depuis trois ans partout en France. Nous, Pièces et main d'œuvre, documentons et critiquons la « planète intelligente », ses réseaux, objets et humains connectés depuis 2010. Jamais les 60 « citoyens tirés au sort », ni les quelques contributions récoltées sur le site d'Enedis pour son pseudo-débat virtuel ne vaudront les salles combles de centaines de réunions, jusque dans les plus petits villages, ni les échanges de documents, réflexions, informations entre simples citoyens. S'ils s'interrogent sur le bien-fondé de leur filet électronique, des milliers de personnes leur ont déjà répondu.

A quoi bon débattre quand les décisions sont arrêtées ? D'abord, à calmer les opposants. C'est connu, la parole libère et apaise la colère. C'est du moins ce que croient les « sociologues des controverses », qui ont pourtant senti l'odeur du goudron et des plumes plus d'une fois. Ces gens n'apprennent rien. Leur recette, fourguée aux initiateurs de projets nuisibles, est inchangée : « Faire participer pour faire accepter ». Traduction pour les opposants : « Participer, c'est accepter ». Voilà pourquoi nous avons refusé toutes les invitations à ces opérations d'enfumage. Ils auraient été trop heureux de revendiquer la validation du processus par les opposants eux-mêmes. Voilà pourquoi, à nouveau, nous appelons à refuser toute participation dont Enedis pourrait se prévaloir.

Une fois de plus, il s'agit de faire de la communication, de fabriquer un « événement » sur mesure pour les médias (déjà arrosés de lucratives publicités pour Linky & Enedis), qui rapporteront complaisamment la mise en scène et les « conclusions » d'une pincée de « citoyens » fantoches.

Bien sûr, les acceptologues peuvent toujours compter sur la vanité et les intérêts d'organismes prétendument « citoyens », « associatifs », « militants » pour jouer les idiots utiles. La place revient en général à France Nature Environnement, qui s'est fait une spécialité d'apporter sa pseudo-caution verte aux projets les plus mortifères. Ces écologistes à gages sont financés par le ministère de l'Ecologie et les pouvoirs publics afin de jouer les figurants dans ce genre de comédie. Nous les avions dénoncés lors des faux débats de la CNDP sur les nanotechnologies. Nulle surprise à les trouver derechef dans le « comité national » chargé d'organiser ce pseudo-débat participatif Linky, aux côtés notamment des industriels de l'électricité… et de la présidente de la Criirem.

Ce n'est pas faute d'avoir rabâché que nous voulions rester maîtres de nos vies, que nous refusions le transfert de notre libre arbitre à des machines et notre incarcération dans une prison électronique. Cependant, les sociologues et experts en concertation ont besoin de collecter nos arguments synthétisés, dans le format imposé par leur site (micro-trottoir de 20 secondes, contributions de quelques lignes), afin de « cartographier l'opposition », selon leur propres termes et d'affûter les éléments de langage destinés à nous contrer. Nous ne sommes pas assez stupides pour les instruire nous-mêmes des ressorts de notre mouvement, de sa dynamique, de son ampleur et de ses motifs.

Dans l'affaire Linky, le rôle de l'analyste – membre du « comité national » du pseudo-débat - est tenu par une doctorante en sociologie, Aude Danieli, déjà présente à la « table ronde » de l'Assemblée nationale. Comme c'est harmonieux : Aude Danieli réalise sa thèse sur « la "mise en société" des compteurs communicants Linky » : « son enquête sur les controverses sociales autour de ces technologies numériques est un analyseur (sic) des processus d'innovation relatifs à ces compteurs communicants et des conflits qu'ils peuvent susciter dans la société française. » Elle aimerait tant nous ajouter à sa cohorte de cobayes pour disséquer nos raisons et moyens. Au fait, Aude Danieli fait sa thèse à l'Ecole des Ponts Paristech CNRS (laboratoire Techniques, Territoires et Société), en partenariat avec Cécile Caron, ingénieure en sociologie du groupe de recherche Énergie, Technologie et Société d'EDF Lab. Comme quoi, la sociologie mène à tout, et même à de belles carrières universitaires. Il ne faut surtout pas en sortir.

Dans le rôle des manipulateurs, comme d'habitude, une agence de conseil en relations publiques et communication : Etat d'esprit (35 boulevard de Strasbourg, Paris 10e). La pudeur d'Enedis lui interdisant d'afficher cette collaboration, c'est le nom d'une revue publiée par ladite agence qui figure sur le site du pseudo-débat : les Cahiers de la ville responsable. Mieux, cette revue serait à l'initiative de l'opération d'enfumage : « Attachés aux grandes questions sociétales en lien avec les territoires et à ce qui relève du dialogue citoyen, c'est donc naturellement que les Cahiers de la ville responsable, en partenariat avec Enedis, ont choisi d'organiser un débat participatif sur le déploiement national des compteurs communicants. » « Les Cahiers de la ville responsable, ont souhaité faire "un pas de côté", proposer un cadre d'information, d'échange et de contribution sur le déploiement du compteur Linky » et ils « ont imaginé un dispositif original de concertation ». Et ce n'est pas dans les habitudes d'Enedis de nous prendre pour des crétins.

Toute leur originalité se réduit à tirer au sort trois groupes de vingt citoyens, en Ile-de-France, en Occitanie et en Normandie, pour les réunir à huis-clos trois samedis avant d'accoucher d'un « avis partagé ». La fondation Sciences citoyennes et Jacques Testart ne jurent que par ces « conférences de citoyens » qui ne représentent qu'elles-mêmes et sont censées délivrer la juste parole démocratique.
Rien de neuf dans votre « état d'esprit » ni dans votre dispositif d'acceptabilité. Votre « enquête participative vidéo » (un vulgaire micro-trottoir) et vos « conférences de citoyens » tardives et parcellaires sont vaines et indécentes. Gardez vos sociologues, vos « procédures de dialogue avec le peuple » et votre condescendance. Nous nous exprimons quant à nous sans pare-feux et nos voisins nous comprennent assez bien.

Les charlatans de l'acceptabilité

Combien ce barnum va-t-il nous coûter ? Une broutille, dans les 5, 6, 7 ou 8 milliards du déploiement de Linky. N'empêche, ça fait plaisir de penser que nous allons, en plus, engraisser Grégoire Milot, président fondateur d'Etat d'esprit, et son collègue Pascal Beaumard, en charge du client Enedis. Des professionnels au dress code impeccable – chemise et dent blanches – et aux références rassurantes, puisqu'ils ont réalisé des « études de contexte » pour l'Andra (déchets nucléaires) et animé des réunions pour la CNDP (projets d'autoroutes).

Linky est en de bonnes mains. Ce Grégoire Milot enseigne à la Sorbonne, en master « Affaires publiques – Ingénierie de la concertation », aux côtés de Yannick Barthe, sociologue de l'innovation et co-auteur du bréviaire des acceptologues : Agir dans un monde incertain. Essai sur la démocratie technique. Lequel regorge de conseils à l'attention des promoteurs de projets nuisibles, invités à « organiser, maîtriser les débordements sans vouloir pour autant les empêcher », à monter des « forums hybrides », mêlant scientifiques et « profanes » pour favoriser les compromis, à multiplier les débats publics pour un résultat miraculeux : « Le nucléaire qui en sortira sera socialement, politiquement et même techniquement complètement différent du nucléaire qui aurait été décidé en dehors des forums hybrides. Parler "du" nucléaire en général n'a aucun sens. Jouer au jeu de ceux qui sont pour et de ceux qui sont contre est encore plus inepte. »

Chez Enedis, ils n'ont pas dû en croire leur devis de relations publiques. Un Linky « socialement, politiquement et même techniquement complètement différent » grâce au pseudo-débat participatif ? Un problème-Linky transformé en solution-Linky ?

Soyons généreux. Après tout c'est notre argent. Prévenons Gladys Larose et le comité de direction d'Enedis : ils dépensent pour rien. Non seulement leur pitoyable opération de com' n'étouffera pas l'opposition aux capteurs connectés, mais elle révèle aux distraits et aux sceptiques l'existence d'un problème. Elle fait de la publicité à la contestation. Aussi profitons-nous de cette campagne pour rappeler ceci : nous sommes les experts de nos propres vies. Nous contestons à l'Etat le droit de nous imposer un objet connecté chez nous, de nous forcer à vivre dans des « smart cities » déshumanisées et automatisées, de faire de nos données une marchandise - de rendre impossible notre vie humaine. Les prétendues garanties d'innocuité des dispositifs techniques et de confidentialité des données pillées ne rendront jamais les capteurs communicants compatibles avec une vie libre et humaine. Ni « smart city » ni « dématérialisation », nous voulons un monde avec contact.

Plutôt que de perdre notre temps avec des moulins à paroles, nous élargirons et approfondirons notre réflexion et notre critique, avec les habitants de nos métropoles et de nos villages. Nous prenons bonne note de l'inquiétude des technocrates, et nous nous emploierons à la justifier toujours plus, à notre manière : libre et humaine.

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Pièces et main d'œuvre
Grenoble, le 8 octobre 2018

(Pour télécharger le texte, ouvrir le document ci-dessous.)

Lire aussi :

- Aujourd'hui le Nanomonde #16 (à propos des dispositifs d'acceptabilité)

En « Pièces détachées » :
- Dans les filets de Linky (pièce n°79)
- J'ai visité Smart City (n°73)
Voir catalogue ici

- Nécrotechnologies